3 jours de camping dans la jungle Amazonienne

Octobre 2017

Depuis La Paz, nous prenons le bus pour rejoindre Rurrenabaque, avec beaucoup d’appréhension car tout le monde nous dit depuis des semaines que la route pour y aller est cauchemardesque, fait très peur, est très dangereuse, peut prendre jusqu’à 24h pour 250km etc…
Nous partons à 19h avec deux heures de retard, l’homme de l’agence nous a placés tout devant, nous avons la vue (un chemin en terre qui sillonne sur la montagne qui tombe à pic…) pour nous…! Génial.
Nous achetons des chicharron de poulet (KFC à la Bolivienne) à des dames qui se jettent sur le bus dès qu’il passe, et c’est parti pour la nuit, en espérant ne pas arriver trop tard sur place.
La route n’en est rapidement plus une, on prend des chemins de terre qui serpentent au flanc de la montagne. C’est vrai que de jour ça doit être effrayant, mais la nuit nous ne voyons pas grand chose, et on roule entre 20 et 40km/h, rien qui ne fasse bien peur. Surtout après les trajets que nous avons faits en Asie…
À 6h30, soit moins de 12h après le départ, nous arrivons à Rurrenabaque ! Un trajet qui n’est pas placé dans les pires, on est même plutôt contents d’avoir choisi de prendre le bus, environ 10 fois moins cher que l’avion !!

Arrivés à destination, changement de décor, changement d’ambiance ! On se croirait en Asie. Palmiers, cocotiers, chemins de terre, maisons en bois, motos sans casque, tuktuk, chaleur, éternels klaxons intempestifs on n’est plus en Bolivie !
Nous prenons un bon petit déjeuner croissants, chocos, café et jus d’orange dans une boulangerie française avant de passer la journée à faire le tour des agences pour trouver un guide qui nous emmènera dans la jungle.

Le lendemain, nous rencontrons Tomba, notre guide pour les trois prochains jours dans la jungle. Nous avons demandé un séjour au plus proche de la nature, manger ce qu’on trouve et dormir en camping.
Nous prenons le bateau direction le parc de Madidi, une réserve naturelle de plus de 1300m2, qui abrite l’un des écosystèmes les plus riches du monde.

Le bateau file sur l’eau marron du Rio Béni. Nous faisons un premier arrêt dans l’une des communautés qui vit dans la jungle, pour boire du jus de canne à sucre.

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Tomba prend la machette, nous coupe 5 grandes cannes et nous les pressons dans une espèce de machine traditionnelle, ça nous rappelle nos arrêts en moto au Cambodge ou au Laos où nous buvions ça pour nous réhydrater. Un délice !

Au bout de 3h de bateau en compagnie des locaux qui rentrent dans leurs communautés, nous arrivons au lodge de l’agence avec laquelle nous sommes partis, une espèce d’hôtel rudimentaire dans la jungle pour ceux qui ne conçoivent pas le voyage sans confort. Nous déjeunons dans la bonne humeur puis Tomba nous propose de la « cocali » des feuilles de coca mélangées à du bicarbonate et de la liane, qu’on se met dans la joue et qu’on suce durant des heures pour supprimer fatigue, faim et soif. Les boliviens en sont friands, c’est une partie importante de leur culture.
Après ça, nous voilà partis pour 3 jours en immersion totale dans la jungle.

Nous sommes déjà allés dans la jungle plusieurs fois en Asie mais l’Amazonie est bien différente. On voit tout de suite que les arbres sont millénaires, la végétation est très, très dense.

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Après un peu plus de deux heures de marche et des arrêts pour parler de telle plante, de tel arbre ou pour écouter les bruits de la jungle, nous arrivons au campement.
L’environnement est très bruyant ! Des oiseaux par centaines et beaucoup d’insectes, exceptionnel ! On entend notamment un gros bruit, comme des coups sur un arbre. On cherche ce que c’est et Tomba nous dit que c’est un pivert qui construit sa maison. On se précipite pour aller voir, c’est impressionnant ! Un tout petit oiseau qui cogne avec son bec sur l’arbre et produit un bruit hyper fort qui résonne dans toute la forêt !

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Après cette découverte bien chouette, nous partons nous rafraîchir dans la rivière et ça fait un bien fou après avoir bien sué dans la chaleur et l’humidité de la jungle.
On est là, au milieu des bruits de la forêt, à se baigner dans une rivière en plein milieu de l’Amazonie, on se croirait un peu dans un film. C’est irréel.

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Après ça, nous préparons le camp: bâches entre des arbres pour éviter la pluie et la moustiquaire dessous.
A la nuit tombée nous partons marcher dans la jungle pour observer les animaux qui sont de sortie. Il y a beaucoup de bruits autour de nous, c’est assez flippant ! On s’éclaire à la lumière de la torche et Tomba nous répète qu’il faut que nous fassions attention à ne pas marcher sur un serpent. Pas facile pour Wissam qui en a la phobie…!
Parfois, il s’arrête et éteint la lumière pour mieux écouter et réussir à voir un animal. C’est franchement impressionnant. Nous ne verrons que des lapins et des grenouilles, tellement cachées sous les arbres, qu’on se demande comment fait tomba pour les repérer dans le noir…! Il est incroyable…!
Dans la nuit, l’orage gronde et rend l’environnement encore plus impressionnant !

Le deuxième jour, nous retrouvons Tomba, son sourire et son enthousiasme. Il nous a préparé un bon p’tit déj pour être en forme pour pêcher !
Wissam est content de pouvoir s’y remettre et pas avec n’importe quel poisson, cette rivière est infestée de piranhas…! Nous péchons avec des morceaux de viande, à la ligne et il faut être vif car ils croquent l’appât en une seconde !

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Nous pêchons 4 piranhas, 2 sardines et un poisson chat ! On mange les piranhas pour le goûter et les autres poissons serviront d’appât pour le repas du soir…!

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Après la pêche, nous avons 2 à 3h de marche avant d’atteindre le prochain camp. Nous nous enfonçons un peu plus dans la jungle et ça se voit, le chemin est bien plus étroit, à peine tracé, la végétation est encore plus dense et la forêt se fait plus bruyante. Nous entendons beaucoup d’oiseaux, beaucoup de bruits autour de nous. Tomba s’arrête souvent pour nous parler des plantes, des animaux ou pour guetter le moindre bruit. Il trace le sentier à la machette. Il fait très chaud et très humide.

Une fois arrivés, nous montons le camp avec une bâche, des troncs d’arbres et des feuilles pour faire les lits. Nous sommes encore une fois impressionnés par Tomba, ses connaissances, sa force et son agilité.

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L’après midi, nous partons pêcher notre repas, dans la rivière. Dans le sable humide nous repérons les traces d’un jaguar, qui a dû venir étancher sa soif. Avec Tomba on se sent en sécurité mais quand même, ça fait une sacrée impression… On vit ici dans l’habitat de ces animaux d’exception.

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On passe un chouette moment au bord de la rivière, à admirer les jolis papillons colorés, à se baigner pour tenter de se rafraîchir et à pêcher notre repas du soir. On se fait complètement bouffer par les puces de sable aussi. Tomba nous avait prévenus mais on a bien trop chaud pour rester couverts des pieds à la tête.

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La pêche est difficile, y’a pas un poisson dans cette rivière, alors Tomba prend le relais. En moins de temps qu’il faut pour le dire, il sort un énorme poisson, en se moquant de Wissam.

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Satisfaits, nous rentrons au camp. Tomba nous montre comment préparer le poisson et le faire cuire au feu avec ce qu’il trouve dans la forêt. On en revient pas de ce petit homme, trapu qui approche la soixantaine et qui se balade ici comme dans un parc pour enfants, toujours à créer quelque chose. Tomba est certainement le personnage le plus inspirant qu’on ait rencontré, on a une immense admiration pour lui.

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Il nous raconte toutes sortes d’histoires sur les différentes expériences qu’il a eue dans la jungle. Certaines sont drôles, des touristes asiatiques qui ont horreur des insectes (et nous jetons un œil à nos jambes, à certains endroits on voit même plus de peau tellement on est bouffés) certaines nous laissent carrément sans voix.

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Dans les années 2000, un groupe de 3 professionnels passionnés par la jungle viennent voir Tomba pour leur demander de faire une excursion complètement improbable: rejoindre le Pérou par la jungle, quelques 300 km. Tomba hésite mais finit par accepter. Il faudra survivre dans ce milieu hostile, sans savoir pour combien de temps, et tracer le chemin en naviguant à vue.
Il y ont passé 3 mois. 3 mois dans cet enfer vert.
Nous ça fait 2 jours qu’on est là, et c’est déjà pas facile. On se réveille la nuit en se grattant jusqu’au sang. Il faut sans cesse regarder où on marche et où on s’asseoit, on sue des litres d’eau et pour éviter la déshydratation on boit l’eau de la rivière (qu’on filtre avec notre paille, les petits joueurs…!). On a des insectes dans les oreilles qui nous tournent autour du matin jusqu’au matin.
Franchement, j’aurais pas pensé avoir autant besoin de confort après 48h passées dans un milieu aussi hostile mais qui me faisait rêver. Je sens que je vais déjà chercher dans mes ressources pour tenir le coup et je doute être capable de rester plus longtemps. Et puis j’ai tout le temps faim ! Alors qu’on mange comme 4 !
Bref, on écoute Tomba calés dans notre hamac, unique zone de confort, on se félicite de l’avoir emporté.

Il nous dit tout des dangers de la jungle quand je vois une fourmi géante sur ma jambe, celle qu’il appelle 24horas tellement quand elle pique ça fait mal. Panique à bord, moi qui n’ai pas trop peur des insectes je me mets à m’agiter dans tous les sens pour qu’elle dégage de ma jambe !!! La frayeur !

Après ça, virée dans la jungle, de nuit. Encore un peu stressée de cette histoire de fourmi, Wissam en alerte aux serpents, nous avançons mais à reculons. Nous marchons et nous marchons, nous nous demandons tous les deux comment diable fait Tomba pour arriver à se repérer dans cette nuit noire. C’est sur, on est perdus !
On ne voit rien car c’est la pleine lune, les animaux se cachent.
Mais nous, à mesure qu’on marche, on a tous les deux très envie de retourner au camp, à notre moustiquaire et notre lit de feuilles.
Entre deux coup de machette, Tomba se retourne et nous dit « Regardez bien où vous mettez les pieds, le chemin n’est pas tracé il peut y avoir des serpents » humhum…
Un peu plus loin, alors qu’on scrutait le sol « Les soirs de pleine lune, il y a souvent les phacochères, essayez de repérer des arbres auxquels grimper si on tombe sur eux » euh, sol pour serpent, arbre pour phacochères, on peut rentrer ?
On en est là de la panique quand il nous lance « et celui qui ferme la marche doit éclairer derrière nous de temps en temps pour être sûr qu’un puma ne nous suit pas »

Et puis là, arrivés à un arbre énorme, Tomba se met à machetter avec frénésie. Il nous dit de nous asseoir. On s’exécute mais vraiment en se forçant. Nous on n’en peut plus !
On entend des bruits au loin. Il nous regarde et nous demande si on sait ce que c’est.
« Des singes ? »
« No. Jaguar. »
« Loin ? »
« 200 mètres »
Okééé c’est très intéressant tout ça, et si on rentrait ??
On reste là complètement effrayés mais fascinés par ce qu’on entend.
On demande avec appréhension si on va aller les voir, Tomba dit que c’est inutile car ils nous entendent et s’en iront.
Aujourd’hui ça nous paraît dommage mais sur le moment on était tellement soulagés !!

Après ces émotions, nous rentrons nous coucher, sur notre fourmilière de fourmi rouges… Wissam a passé la nuit à les exterminer.
« Tomba, on dort sur une fourmilière ! »
« C’est pas grave vous inquiètez pas ! »
Bon…
Et le lendemain « Attends mais vous étiez sur cette fourmilière là ? Fallait me le dire, elles font mal et elles mangent les moustiquaires ! »

Le 3eme jour nous rentrons au lodge pour un bon repas en compagnie du staff, tous très sympa, un bon gros repos dans les hamacs et une petite partie de confection de bijoux avec ce que l’on avait ramassé dans la jungle. Nous avons passé un séjour vraiment inoubliable dans la jungle avec Tomba.
Face à la nature, à nos peurs et à nos limites.

Nous avons quitté Tomba après un gros petit déjeuner bien mérité, et direction le lac Titicaca !

Infos et bons plans:

  • Attention: Nous avons pris le bus en saison sèche, par contre nous avons des copains qui l’ont pris en période d’orage et là ça a été le cauchemar pour eux ! Donc renseignez-vous bien sur la météo et sur les conditions de la route, nous avons eu de la chance mais parfois effectivement c’est compliqué voire dangereux !
  • Si vous souhaitez partir avec Tomba vous pouvez demander aux agences directement ou alors nous contacter pour qu’on vous donne son numéro. Il est vraiment recommandable, c’est un homme de confiance.

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