Potosi – aux entrailles de la Terre

Novembre 2017

Après ces trois jours géniaux dans le sud Lipez et le salar d’Uyuni, nous sommes prêts et on a hâte de visiter la Bolivie !

Nous commençons par la ville de Potosi, l’une des villes les plus hautes d’Amérique du sud qui fut l’une des villes les plus riches du monde à l’époque coloniale espagnole, grâce à l’or et l’argent que contenaient ses collines.
Des milliers d’indigènes et d’esclaves travaillaient souvent au prix de leur vie pour extraire ces métaux précieux, qui étaient envoyés par bateau vers l’Espagne.

On dit qu’on aurait pu construire un pont avec tout l’or de Potosi pour relier la Bolivie à l’Espagne et même y aligner les corps qui auraient permis de le construire….

Aujourd’hui, la colline contient toujours de nombreux métaux précieux, mais elle est réputée pour être plus trouée qu’un gruyère et il est devenu très dangereux d’y travailler. Pourtant quelques milliers de mineurs y travaillent toujours, sous les mêmes conditions qu’au 16e siècle…

La question lorsqu’on se rend dans cette ville est d’aller ou non visiter les mines ?

Après avoir longuement réfléchi et débattu entre nous de ce sujet, nous nous sommes dit que nous voyageons justement pour voir et comprendre les différentes cultures des pays où nous allons et être confronté à des conditions de travail différentes font partie de ces découvertes. Bien sûr, nous avons choisi une agence avec laquelle nous serions sûrs de ne pas faire de tourisme de misère, de visite de zoo humain. Nous voulions participer à une visite éthique, en donnant une contribution à ces mineurs et pouvoir peut être échanger avec eux.

Nous avons choisi une agence montée par un ancien mineur, Antonio, qui ne va que dans une certaine partie peu visitée par les touristes, avec des règles de comportement strictes. Pas de photo sans avoir demandé la permission avant. Pas question de déranger leur travail.

Nous partons donc avec un groupe d’une dizaine de personnes. Nous passons d’abord par l’un des magasins où se fournissent les mineurs avant d’aller travailler. Le guide prend le temps de nous expliquer l’utilité de chaque article : la dynamite pour dégager la terre des métaux précieux, l’alcool pour faire un don au dieu des mineurs, El Tio, c’est un rituel quotidien très important pour les mineurs. Les feuilles de coca pour faire un don au dieu mais aussi et surtout pour supporter la dure journée de labeur.
La coca est un élément central de la culture indigène des natifs d’Amérique. Associé à un alcalin qui active la molécule de la coca, les feuilles permettent de lutter contre la faim et la fatigue. C’est ce qui leur permet de supporter le dur travail qu’ils ont à faire pendant un long moment, sans avoir à manger.
Les espagnols avaient bien compris qu’elle était une condition indispensable de leur richesse. La feuille de coca était -et est toujours- tellement importante qu’elle a carrément été une monnaie d’échange pendant de longues années.

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Après avoir acheté du matériel pour les mineurs et nous être habillés de bottes, de masque pour le nez et de protections pour nos vêtements, nous partons pour la mine.

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À peine arrivés, on se rend bien compte que cette activité ne sera pas de tout repos, et même un peu risquée.

On entre par une porte faite de bric et de broc, direct dans les entrailles de la terre. C’est parti pour 1h30 à ramper dans l’obscurité, monter par des échelles et escalader à travers les dizaines de galeries qui montent et qui descendent. Ça grouille, ça gronde, ça frappe.

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Une fois lancés, les chariots poussés par les mineurs sont difficiles à arrêter, si bien que nous sommes parfois obligés de courir et de nous cacher pour ne pas gêner le travail des mineurs mais aussi pour ne pas se faire percuter par un chariot. Ça rend la visite encore plus stressante, surtout quand tout d’un coup nous entendons le grondement d’un chariot derrière nous. Nous sommes passés près…

Cette visite est tellement impressionnante qu’il nous est difficile de le décrire.

Un sentiment d’insécurité effrayant nous prend aux tripes. On a du mal à croire ce qu’on a sous les yeux.
Des mineurs à peine majeurs qui en côtoient d’autres bien plus âgés. Qui se serrent les coudes pour survivre à la journée. Des chariots pleins de minéraux poussés à la main, par deux personnes, le dos courbé sur des rails qui courent à l’infini. De la poussière partout où on regarde. Qui pique le nez même à travers le masque.
Une ambiance effroyable, et des gens qui travaillent là plus de 10h par jour, tous les jours, sans rien manger d’autre que des feuilles de coca.
Elles jonchent le sol partout.
Antonio, qui a travaillé dans cette mine de 14 à 18 ans, avant d’arrêter à la mort de son père, s’y balade avec aisance, en nous racontant tout de ce lieu inhospitalier. Il plaisante beaucoup. Ce qui nous aide parfois à relativiser.

Certains mineurs sont très timides, effeuillent leur coca et la portent à la bouche le regard vide, d’autres sont ravis qu’on soit témoins de ces conditions de travail épouvantables. Ils sont fiers de gagner rudement cet argent pour leur famille et nous interpellent en anglais avec deux doigts en l’air en signe de victoire lorsqu’on les prend en photo.

Tout au long de la visite, nous croisons différentes représentations de « El Tio », le dieu des mineurs qui ressemble plus au diable de la religion chrétienne et qui fait la pluie et le beau temps dans la mine. Les mineurs le vénèrent chaque jour pour rester en vie et obtenir un bon rendement.

Nous observons attentivement les rituels: de l’alcool et des feuilles de coca et une cigarette lui sont offerts, et plus rarement des sacrifices de lama.

Nous avons l’occasion de discuter avec quelques mineurs qui prennent leur pause aux côtés d’El Tio.

Après 1h30, nous sommes rincés et nous avons hâte de retrouver la lumière et l’air frais. C’était une visite éprouvante qui nous aura vraiment marqués. De telles conditions de travail pour un salaire aussi bas, et un gouvernement qui ferme les yeux, ça nous paraît irréel.
Nous sommes bien petits pour faire changer les choses mais nous avons au moins pu apporter un maigre témoignage et participer financièrement en achetant aux mineurs quelques vivres…

En dehors de cette visite, nous sommes allés au musée de la pièce. Nous n’allons pas souvent au musée mais celui là est réputé pour être très intéressant et en effet, nous avons appris plein de choses et nous avons été passionnée par la visite !
De 1575 à 1951, les monnaies d’or étaient frappées à Potosi ! C’était l’une des 4 fabriques de monnaie du monde et le signe dollar est même un dérivé du signe de la ville de Potosi qui était gravé sur les pièces ! C’est dire l’importance de cette ville dans le domaine de la monnaie.

Nous avons aussi pris le temps de nous balader dans cette ville agréable mais fraîche, de manger au marché, de goûter les spécialités boliviennes comme l’api, une boisson à base d’une variété violette de maïs.

Nous avons aimé cette introduction à la Bolivie, ses cholita qui vendent de tout dans la rue, avec leurs tresses et leurs jupons, l’altitude et la fraîcheur, cet espagnol tranquille et chantant, les jus d’orange frais pressés sous tes yeux pour un sou.

Après cette première étape, nous décidons de remonter vers le nord, prochain arrêt, Sucre ou nous retrouverons Marine, une française que nous avons connu durant le tour d’Uyuni.

I

nfos et bons plans:

– Visite de la mine avec Potosji : 2h de visite. Visite du marché des mineurs (c’est en fait juste une petite boutique), habillage avec bottes et affaires, visite de la mine pour 1h30.

– Casa de la moneda, vaut vraiment le coup !

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