Vivre avec une famille dans les steppes mongoles

Lorsque nous ne travaillons pas, nous passons la plupart de notre temps avec Oggy qui tient absolument à nous emmener voir ses copains vivant aux alentours dans des yourtes. 

Un soir, il nous emmène en plein milieu de la steppe, dans un paysage incroyable, pour nous initier au cheval. « Monte sur le cheval et ramène les bêtes à la maison. Tu vas vers les chevres et tu leur dis – Go home my sheep »

Wissam s’est révélé bien plus efficace que Gabrielle, qui avait du mal à se faire obéir du cheval et qui a essuyé une belle gamelle… Plus de peur que de mal heureusement.

Faut dire que les chevaux mongols sont habitués à être brusqués. « C’est l’homme qui commande, ton cheval il doit te craindre ».

Avant le coucher du soleil, toute la famille entoure les bêtes et les fait courir en cercle. Avec un lasso, le père de famille attrape un des boucs, lui tape sur la tete avec un marteau et Oggy le découpe sous nos yeux. Pendant que Gabrielle tient l’animal, Oggy enfonce sa main dans son corps et retire un à un les organes, sans une goutte de sang, qu’ils ont vidé ensuite soigneusement dans une bassine. Les organes sont mis de côté, et la bête jetée telle quelle dans le coffre de la voiture !

Une scène incroyable !

Il a ensuite fallu la découper en morceaux, Wissam a aidé Ayuna et Chimke qui y ont passé des heures, au couteau, dans la boulangerie. Le lendemain, il y avait encore du sang par terre ! 

Et on est partis livrer le pain avec la peau du bouc dans un sac plastique, pour aller la vendre. Rien ne se perd, toute la bête a été utilisée, sauf la tête qui a été laissée dans la steppe, aux côtés de celles des vaches et des chevaux morts naturellement ou non.

L’été en Mongolie, les familles tuent une partie de leur bétail et le congèlent pour avoir à manger pour le reste de l’année. Ils se lèvent à l’aube pour traire les vaches, fabriquer du yaourt et le laisser sécher pour l’hiver ou le manger tel quel, faire fermenter le lait ou l’utiliser pour cuisiner ou avec le thé. L’automne, ils découpent l’herbe des champs afin de la conserver et d’avoir de la nourriture pour nourrir le bétail restant pendant tout l’hiver et enfin au printemps, le bétail se reproduit et ainsi de suite…

On a aussi eu l’occasion de dormir chez Eggy, un copain d’Oggy et de découvrir la vie en yourte. Dans les yourtes, la porte reste toujours ouverte aux inconnus ou aux gens de passage. Et à chaque fois qu’une personne rentre, on lui offre à boire et à manger et la possibilité même de dormir sur place s’il en a envie. La solidarité et l’hospitalité mongole sont la base de leur culture, quand on fait des kilomètres à cheval sans rien croiser pendant des jours (et dans la neige et le froid…!!!), on doit toujours pouvoir compter les uns sur les autres pour manger et dormir.

Cela nous a vraiment marqué ! Avec notre éducation, notre politesse et nos manières françaises, on disait merci à tout et cela les « agaçait » presque car pour eux pas besoin de merci lorsqu’on t’offre le repas, c’est tout à fait normal et presque une insulte si on ne t’offre rien !

Nous avons donc passé deux jours dans la famille d’Eggy, un éleveur de chevaux très réputé dans la région, sa femme et ses deux adorables filles Uyenka et Niamot.

Les observer toutes les deux a été une bonne claque…

Uyenka, du haut de ses 4 ans qui hurle sur le bétail pour le ramener à l’enclos, et qui ramasse durant des heures avec nous la laine mélée aux crottes de biques au soleil couchant sans râler ou baisser les bras un instant. Quand elle a décidé qu’elle voulait grimper sur le dos de Gabrielle, elle met toutes ses forces dans ses petits bras et s’accroche à ce qu’elle trouve, nez, cheveux, cou, pour se hisser sur ses épaules…! Une détermination impressionante.

Niamot qui récupère les organes de l’animal du jour, dans une poche pleine de sang, qui mange une énorme cuisse d’agneau à pleines dents mais qui hurle dès qu’elle aperçoit un insecte dans la yourte…!

Ici, très peu d’écrans et de jouets, les filles s’amusent en courant dans les steppes, à sauter par dessus les rivières, à poursuivre les bêtes, écrire ou dessiner dans le sable…

La yourte est composée d’une seule pièce où se trouvent la cuisine et les lits. Tous les membres de la famille partagent les lits disposés le long des murs. Il n’y a bien sur pas d’eau courante, il faut aller chercher l’eau tous les jous à la rivière ou au puits. On fait ses besoins où l’on veut, dehors, et on se lave à la bassine ou à la riviere.

Les familles nomades changent d’emplacement quatre fois par an, selon les saisons, pour que le bétail soit a l’abris ou qu’il puisse brouter.

Aligra, le cousin d’Eggy et Moggy un de ses amis sont souvent à la yourte et y passent même la nuit. Un matin, ils nous proposent d’aller chercher une marmotte dans les montagnes pour qu’on la mange ensemble. Les marmottes sortent uniquement en été, et en automne, c’est là que les mongols les chassent car ils adorent leur viande. C’est un mets cher réservé aux bonnes occasions. Oggy et sa famille nous avaient déjà cuisiné une marmotte, mais on préfère ne pas leur dire car on sait qu’ils sont contents de nous faire découvrir.

Une heure après leur proposition, ils rapportent une marmotte. Aligra la décapite, sort les organes un par un et les pend au camion. Il pose ensuite sa bouche à la place de la tete et souffle pour gonfler la marmotte. C’est une vision completement iréelle pour nous, on n’en croit franchement pas nos yeux.

Comme Oggy et son père l’avaient fait, il a ensuite rempli la marmotte avec les organes comestibles, des herbes et des pierres qu’il avait mises dans le feu.
Ensuite, il ferme au niveau du cou avec un fil de fer pour que ce soit bien hermétique. La fumée s’échappe et on sent déjà l’odeur de la viande qui cuit. Ils sortent un chalumeau pour la cuire de l’extérieur également.

On s’installe tous sur le sol de la yourte et chacun saisit un bout et le mange avec les doigts. Ils prennent les pierres chaudes dans leurs mains et les font passer entre les mains de tout le monde, pour porter chance.

Un bol rempli du jus de l’animal circule, chacun en boit une ou deux gorgées. On les observe souffler sur la graisse pour ne pas se brûler et porter le précieux liquide à leurs lèvres. On voit leur emerveillement et ça rend le jus déjà succulent encore meilleur.
On se régale et on s’étonne du bon goût, incomparable, qu’a la viande.
A la fin du repas, Moggy prend un os de la marmotte, et decoupe une petite partie.
La soeur d’Eggy tresse trois fils entre eux et attache le petit bout. 

On les regarde faire avec curiosité.

Une fois qu’ils ont fini, ils nous disent enfin que pour eux la marmotte est l’animal de la chance et que cet os, la cheville de la marmotte, protège les os. Les mongols ont l’habitude d’attacher cette partie aux poignets et au cou de leur enfants pour ne pas qu’il se cassent les os et pour qu’ils restent en bonne santé. Ils nous offrent ces deux bracelets, un geste qui nous touche énormément. C’est un cadeau d’une valeur inestimable qui a beaucoup de valeur pour nous.

Après deux jours passés en leur compagnie, nous préférons retourner à la boulangerie ou on sait que Chimke doit avoir beaucoup de travail sans nous…!

Nous partons avec un pincement au cœur et beaucoup de reconnaissance d’avoir pu vivre un court instant leur vie nomade.

La veille de notre départ, nous allons dans une autre famille nomade déposer d’autres volontaires qui vont y passer quelques jours.

Nous assistons une nouvelle fois à la traite des vaches. Il s’agit de rassembler tous les veaux et de faire partir les mamans le soir après la traite, les retenir dans un enclos pour les remettre avec leur mère le matin pour les traire de nouveau. On observe les enfants de la famille qui s’amusent à attraper les petits veaux au lasso, c’est impressionnant et un peu triste quand même de voir comment ils les attrapent, avec qu’elle dextérité et à quel point c’est simplement un jeu pour eux !

On a beaucoup aimé cette immersion complète dans la vie nomade mongole, sans aucun filtre ni changement dû à notre présence.

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3 réflexions au sujet de « Vivre avec une famille dans les steppes mongoles »

  1. beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement. un blog très intéressant et enrichissant. J’aime beaucoup. je reviendrai. N’hésitez pas à me rendre visite. au plaisir

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